L’espoir est souvent présenté comme une force universelle.
Medium | 24.01.2026 08:48
L’espoir est souvent présenté comme une force universelle. En réalité, il est fragile et inégalement accessible. Pour ceux qui manquent de ressources, l’espoir ne libère pas : il devient un labyrinthe qui mobilise toute l’énergie disponible, sans garantir d’issue.
Lorsqu’on ne possède presque rien, l’avenir ne peut pas être planifié. Chaque décision est traversée par une peur constante : perdre le peu qui reste. Cette peur n’est pas abstraite. Elle est concrète, quotidienne, liée à la survie immédiate. Elle bloque la prise de risque, non par manque de volonté, mais par nécessité.
Dans ces conditions, le risque n’est pas une opportunité, c’est une menace. Échouer ne signifie pas recommencer autrement ; cela signifie tomber plus bas. L’idée même de “tentative” devient inaccessible.
Le manque de ressources — éducation, réseau, informations fiables — rend le futur de plus en plus flou avec le temps. Plus l’insécurité dure, plus l’horizon se rétrécit. Ce flou n’est pas un manque d’imagination, mais le résultat d’un environnement où aucune projection stable n’est possible.
À l’inverse, seules les personnes disposant d’un minimum d’avantages sociaux peuvent se permettre de prendre des risques. Elles peuvent échouer, se relever, relancer. Elles savent qu’un filet existe : familial, économique, institutionnel. Cette sécurité invisible transforme l’échec en étape, et non en condamnation.
L’inégalité ne se situe donc pas uniquement dans les résultats, mais dans la possibilité même d’oser. Là où certains peuvent risquer l’avenir, d’autres doivent simplement le supporter.
Une chute grave, un effondrement, peuvent devenir une véritable condamnation. Recommencer n’est pas toujours une seconde chance. Pour certains, tenter à nouveau déclenche une peur profonde : l’angoisse de revivre le même drame, le même échec, la même perte.
L’attente, dans ces conditions, ne calme rien. Elle se transforme en panique, en anxiété permanente. Le résultat est une paralysie. L’individu reste immobile, non par choix, mais parce que tout mouvement semble risquer une rechute.
Même lorsqu’une aide extérieure apparaît, les chances de s’en sortir restent faibles. Non pas parce que la personne est incapable, mais parce que le système écrase l’élan avant qu’il ne puisse se reconstruire. Dans un monde fondé sur la concurrence et la performance, il n’existe aucune place pour la fragilité prolongée.
La société se montre intolérante face à ce qu’elle ne comprend pas. Elle classe, étiquette, juge. Ceux qui ne rentrent dans aucune catégorie sont perçus comme inclassables, non conformistes, déviants. Les jugements se font à travers les discours, les parcours visibles, les moyens matériels, jamais à partir de la réalité existentielle vécue.
Ce jugement n’est pas toujours animé par la méchanceté. Il est souvent le résultat d’une limite fondamentale : personne ne peut réellement se mettre à la place de l’autre. Et parfois, pour comprendre une situation, il ne suffit pas de l’observer ou de l’analyser. Il faut l’avoir vécue
“Ce texte s’inscrit dans une série de réflexions sur la précarité, l’échec et l’impossibilité de se relever dans un système fondé sur la performance.”
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